« Je suis certaine que c’est une fille », « Je ne sais pas pourquoi, mais je le sens, c’est un garçon. »
Pendant la grossesse, il arrive que l’on se fasse une idée très précise de son bébé. Une intuition, parfois présente dès les premières semaines, qui devient peu à peu une certitude. On imagine une petite fille, un petit garçon, on pense à un prénom, à sa chambre, à la manière dont on va le rencontrer… Et puis vient le jour où l’échographie révèle que la réalité est différente de ce que l’on avait imaginé.
Et parfois, cette annonce peut provoquer bien plus qu’une simple surprise. De la déception, de la tristesse, un sentiment de perte, voire même de la culpabilité. Parce qu’au milieu des « félicitations » et de la joie attendue, certains parents peuvent se demander : « Pourquoi est-ce que je ressens ça? » ou encore « est-ce que je suis un mauvais parent de ne pas être immédiatement heureux? »
Pourtant, ces émotions peuvent exister sans remettre en question l’amour que l’on portera à son enfant. En France, connaître le sexe de son bébé avant la naissance est devenu très courant. Selon les données de l’étude Elfe analysées par l’INED, 89% des mères et 84% des pères interrogés souhaitaient connaître le sexe de leur enfant pendant la grossesse. Et près de la moitié des parents déclaraient avoir une préférence pour une fille ou un garçon.
Lorsque l’on s’est beaucoup projeté, il peut donc être nécessaire de laisser un peu de temps à la réalité pour prendre la place de l’imaginaire. Car pendant la grossesse, on ne rencontre pas encore son bébé dans ses bras. On le rencontre d’abord dans sa tête. On lui imagine un visage, une personnalité, une place dans la famille. On construit progressivement une représentation de cet enfant à venir.
Alors lorsque cette représentation change, il peut y avoir un petit temps d’adaptation. La littérature scientifique s’intéresse d’ailleurs à ce phénomène, parfois appelé « gender disappointment », ou déception liée au sexe de l’enfant. Les études montrent que cette expérience existe chez certains futurs parents, avec des intensités très variables. Elle peut être passagère et ne signifie pas que le parent rejettera son enfant ou qu’il l’aimera moins.
Il est possible d’avoir imaginé une fille pendant neuf mois et d’avoir besoin de quelques jours pour réaliser que l’on attend finalement un garçon. Il est possible d’avoir toujours rêvé d’un petit garçon et de ressentir un pincement en découvrant que ce sera une petite fille. Et il est surtout possible de ressentir cela tout en étant profondément reconnaissant d’attendre ce bébé.
Les émotions ne sont pas toujours aussi simples qu’on aimerait qu’elles le soient. Parfois, il faut simplement laisser le temps de dire au revoir au bébé que l’on avait imaginé pour faire doucement connaissance avec celui qui arrive réellement. Sans honte, sans culpabilité et sans se forcer à ressentir immédiatement ce que l’on pense devoir ressentir.
Parce qu’une émotion n’est pas une intention. Ressentir une déception ne signifie pas désirer moins son enfant. Cela ne prédit pas l’amour que l’on construira avec lui. Et bien souvent, lorsque le bébé devient une réalité, avec son visage, ses mouvements, sa personnalité et tout ce qui fera de lui cet enfant unique, le sexe que l’on avait tant imaginé devient finalement un détail parmi tant d’autres.
Alors si cela vous arrive, autorisez-vous simplement à ressentir. Vous avez le droit d’avoir imaginé une histoire et d’avoir besoin d’un peu de temps lorsque celle-ci s’écrit autrement. À La Maison Source, nous croyons aussi que la grossesse est un temps où toutes les émotions peuvent avoir leur place. Les accueillir sans jugement, c’est déjà commencer à prendre soin de soi… et de cette nouvelle histoire qui est en train de commencer.

